Les méthodes utilisées pour l'étude des actes intelligents du chien sont les mêmes que celles employées pour tous les animaux d'expérience.
Le problème le plus élémentaire est celui du détour, pour la solution duquel le sujet doit contourner tel ou tel obstacle pour arriver à la récompense désirée ou espérée. Un chien placé devant un grillage qui le sépare d'un repas appétissant et visible, n'hésite pas: il fait le tour... là ou d'autres animaux ne réussissent que plus ou moins tardivement, et toujours par hasard.
Dans l'épreuve du retour de préhension, le problème se complique. Il s'agit, cette fois, d'utiliser un intermédiaire pour atteindre le même objet. On attache une ficelle à une friandise inaccessible, le sujet étant enfermé dans une cage, et la ficelle à sa portée (ficelle qui peut être, au besoin, terminée par un anneau pour en faciliter la préhension).
Un chat, perroquet, un rat tirent sur la ficelle pour obtenir la friandise.
Selon P.Guillaume et ses collaborateurs, le chien est tout à fait incapable d'utiliser cette liaison. Le chat, par contre, comprend parfaitement la fonction de l'"intermédiaire-ficelle": Si la ficelle est placée obliquement par rapport à la friandise, il vient se placer en face de la poignée ou du bout de la ficelle, et non pas en face de l'appât !
Le chien serait-il donc intellectuellement inférieur à tant d'autres animaux ? Non pas. Et nous citerons ici "in extenso", les propres termes du grand physiologiste russe à qui l'on doit la découverte du réflexe conditionné.
Pavlov, qui ne fut point suspect de tendances anthropomorphiques, signale l'attitude intelligente d'un chien d'expérimentation. Il s'agissait d'un fox bâtard, porteur d'une fistule gastrique, laquelle avait pour conséquence de produire une irritation constante de la peau sous l'action du suc digestif qui, en coulant, souillait extérieurement la peau.
"Il commença, dit Pavlov, à ressentir l'action ulcérante du suc au bout d'une quinzaine de jours après l'opération. Un matin, à notre grand désagrément, mous trouvâmes près de la bête attachée à sa laisse et en général fort calme, un tas de plâtreries qu'elle avait arrachées au mur. on attacha le chien à un autre endroit; et le lendemain matin même histoire. Pour la deuxième fois, une des saillies du mur de notre laboratoire avait été démolie. En même temps, nous remarquâmes que le ventre de l'animal était sec et que les phénomènes d'irritation de la peau étaient moins marqués. Nous devinâmes finalement de quoi il s'agissait: Le chien avait trouvé le moyen de faire cesser l'irritation et, en fait de se guérir ! Son intelligence l'avait non seulement aidé lui même, mais elle nous avait mis sur la voie d'une thérapeutique nouvelle. En effet, nous fîmes au chien une couche sable, c'est-à-dire poreuse (on peut utiliser la chaux) et dés lors, les démolissements du mur cessèrent, en même temps que le suc gastrique absorbé par le milieu poreux, cessait d'irriter la plaie."
A l'inverse de cet indéniable "acte d'intelligence" par lequel le chien a indiscutablement montré qu'il pouvait par lui même utiliser des matériaux pour un but recherché, voici l'étonnant résultat d'une épreuve expérimentale de psychologie comparée, qui porte le nom de test d'Adams.
Après avoir dressé des chats à trainer des boites légères, mais rigides, au moyen d'une ficelle fixée à une extrémité, Adams plaça un morceau de foie, assez haut sur une étagère, pour que les chats ne puissent l'atteindre qu'en sautant. Pour faciliter ce saut, il plaça à une distance peu éloignée, une boite qu'on pouvait tirer à l'aide de la ficelle habituelle.
"Au bout d'une minute, écrit Adams, le chat (il s'agissait du plus débrouillard des chats sélectionnés ) s'arrêta et s'immobilisa quatre ou cinq secondes, dans l'attitude d'un chat qui guette quelque chose. Une de ses pattes de derrière étendue sur l'horizontale il était prêt à s'élancer et, pendant tout ce temps, gardait le foie sous l'axe de son regard. A la fin de cette phase d'immobilité, le chat se mit tout à coup sur ses quatre pattes, courut à la boite , grimpa dessus et fit nettement des efforts pour atteindre la friandise convoitée. Après plusieurs tentatives inutiles, il s'assit et commença à regarder alternativement le foie et la boite sur laquelle il était assis. alors tout à coup, il descendit de la boite,saisit le cordon, tira la boite directement sous le foie, sur une distance de plus de trente centimètres... et grimpant aussitôt sur la boite, il s'empara du foie."
Il est indéniable que ce chat avait fait preuve ''intelligence en trouvant la solution, sans essais ni erreurs, sans tâtonnements, donc par raisonnement.
On fit la même expérience avec plusieurs chiens. Le chien, on le sait est beaucoup plus apte qu'un chat à tirer sur une ficelle pour remorquer une boite. Aucun d'eux cependant, ne trouva moyen de réussir, ni même d'essayer. Tous se contentèrent d'aboyer.
Aboyer, parce que, c'est pou le chien, une impulsion instinctive dès qu'il se trouve devant l'insolite Devant une porte fermée, par exemple, les chiens qui ne savent pas ouvrir aboient. Ils aboient "pour qu'on leur ouvre", disent les profanes. "Erreur, dit Revesz, le chien qui gratte à la porte et qui sollicite une personne présente dans pièce en se retournant vers elle, ébauche ce qu'on appelle une attitude " d'utilisation du moyen."
En bref, il n'aboie pas, pour qu'on lui ouvre, mais parce qu'il est enfermé.
T.J FORD[ /size]
Photo: Athéna des gardiens des murailles


